JEUX PSYCHOLOGIQUES

Eric Berne, psychiatre Canadien a découvert l’existence des jeux psychologiques. Il a observé et constaté de manière intuitive, qu’il y a une sorte de jeu subtile qui se joue entre les humains dans leur modes de communication.

La notion de jeu psychologique découle de trois autres observations antérieures qu’il a faites. Ce sont les trois besoins fondamentaux de l’homme qui sont : les signes de reconnaissance, la structuration du temps et les positions de vie. Ces besoins justifient la mise en place des jeux psychologiques dans notre vie de tous les jours.

JEUX DE RÔLE

Nous sommes donc tous dans des jeux de rôles dans nos interactions avec les autres.
A chaque fois que vous vivez une relation négative, décourageant et frustrante, c’est sûr que vous êtes entraîné dans un jeu de rôle appelé le Jeu du Triangle Dramatique. selon Stephan Karpmann, qui a complété les travaux de Eric Berne.

Ce triangle est composé d’une victime, d’un bourreau et d’un sauveur. Ou vous situez vous ?

  1. La victime : elle est pure et innocente, passive et impuissante. Souvent plaintive, pitoyable, mais gaffeuse et exaspérante.
  2. Le bourreau : est critique, dévalorisant, blessant, cruel, menaçant et même violent. Il est en overdose d’une frustration qu’il cherche souvent à évacuer sur une victime innocente.
  3. Le sauveur : est bon et généreux, fort et altruiste, protecteur et infantilisant, mais surtout très culpabilisant. Sa phrase fétiche est : « Avec tout ce que j’ai fait pour toi !… »

SIGNES D’UN JEU PSYCHOLOGIQUE

Il y a des signes qui nous permettent de savoir que nous sommes dans un jeu psychologique :

  • Vous avez obtenu le contraire de ce que vous vouliez, après une interaction.
  • Vous avez la sensation d’avoir gaspillé votre énergie dans des échanges infructueux et irritants.
  • Vous concluez une séquence relationnelle avec l’impression de vous être fait avoir.
  • C’est toujours le même problème qui revient sur le tapis, sans qu’il soit résolu à la fin de l’interaction.

Nous passons bien souvent beaucoup de temps et d’énergie dans des échanges négatifs, infructueux et  pas du tout drôles. Cela nous donne l’impression d’être piégés et enfermés dans un cercle vicieux. Pour en sortir, il faut connaître les rôles que nous jouons dans ce jeu du triangle, les règles  du jeu et les enjeux dans ce processus de communication. Cela nous permettra de trouver les moyens de désamorcer ce jeu et priver les joueurs acharnés de leurs parties de jeux.

JEUX ET BESOINS FONDAMENTAUX

1. LES SIGNES DE RECONNAISSANCE

C’est l’une des découvertes les plus importantes de Eric Berne. Il a constaté qu’en parallèle de ses besoins vitaux (manger, boire, dormir), l’homme a besoin que l’on reconnaissance qu’il existe. Il a besoin qu’on stimule ses sens. Si ce besoin de reconnaissance n’est pas pourvu, l’être humain devient fou, se laisse mourir, ou peut chercher à se tuer.

Imaginez le malaise que vous avez pu avoir, les fois où vous avez salué quelqu’un qui ne vous a pas répondu. Ce genre d’incident est un avant goût du vide dans lequel on peut basculer en cas de manque de reconnaissance à votre égard, de la part des autres. La maladie de la Dépression provient d’un manque de reconnaissance de la part des autres. L’homme a besoin de reconnaissance constante de ses alter egos pour se maintenir en vie.

Ces signes de reconnaissance dont nous avons besoin peuvent être positifs ou négatifs, verbaux ou non verbaux. Ils peuvent se faire sous forme de caresses ou de coups, de critiques ou de compliments, de sourires ou de grimaces. Peu importe leur nature, du moment où ils nous apportent la preuve que nous sommes visibles et existons au yeux des autres.

Par exemple, les enfants préfèrent être grondés qu’ignorés ; les adultes préfèrent se disputer plutôt que de se sentir négligés. Rares sont les familles où les signes de reconnaissance positifs s’échangent de manière  spontanée et abondante. Les gens sont pudiques et timides et ils n’osent pas dire aux autres qu’ils les aime et les trouve formidables. Quand à faire par contre les critiques et les reproches aux autres, alors la parole sort spontanément !

Aussi, comme il est difficile pour l’être humain d’obtenir des caresses verbales et non verbales, il va apprendre à se contenter du négatif. D’où les jeux psychologiques très riches en « signes de reconnaissance négatifs » des autres envers nous. Au lieu de dire par exemple, « comme tu es belle dans cette robe ! », on entendra une parole du genre « Elle n’est pas mal ta robe » ou « ce genre de robe ne te va vraiment pas !». etc…

2. STRUCTURER LE TEMPS

La seconde découverte d’Éric Berne est la manière dont nous structurons notre temps. Puisque le besoin de reconnaissance est vital pour l’homme, celui-ci organise son temps dans sa quête de stimulations, pour rester en vie. De manière inconsciente, on contrôle en continu la dose de stimulations que l’on reçoit, pour savoir si elle est suffisante pour continuer à vivre.

L’être humain structure ses journées par des passes temps, des rituels quotidiens, des activités, tout cela dans le but de recevoir ses « doses » de signes de reconnaissance.
Par exemple, une vieille dame en manque d’affection et de soins sortira par temps d’hiver, chutera dans la neige, juste pour qu’on prenne soin d’elle. Vous aurez ce voisin solitaire qui vous retient sur le palier pour échanger des mots avec vous sur un sujet qui ne vous intéresse même pas ! Tout cela juste pour parler et sortir un peu de sa solitude ; ou ce sportif de haut niveau qui a besoin d’être récompensé de ses efforts par des applaudissements et félicitations et regards admiratifs des autres, etc…

Les jeux psychologiques, occupent une bonne partie de notre temps et ils nous apportent des sensations inouïes. Ils sont souvent déclenchés par ceux qui se sentent ignorés des autres et qui sont en manque de stimulation.

Souvent les gens ne formulent pas leurs demandes de manière claires et directes, parce qu’il ont peur du refus de l’autre de répondre à leur besoin de reconnaissance. Par exemple, cet époux qui n’accueille pas spontanément son épouse qui rentre du travail peut se dire qu’elle a du avoir une dure journée et a peur qu’elle le rejette ou le critique s’il va l’embrasser.  En fait, cette peur qui empêche les humains de montrer leur affection aux autres est tapie au plus profond d’eux-mêmes. Leur manière de la fuir est de préférer les jeux psychologiques à des relations positives. Selon Eric Berne, le masochisme est un « faute de mieux », que les gens mettent en place, à la suite d’une grande privation affective et sensorielle.

Dans le meilleur des cas, le jeu permet d’atteindre maladroitement un objectif légitime. Il faut noter aussi que les jeux psychologiques servent à éviter de manière très subtile, à trouver une solution constructive aux problèmes qu’ils soulèvent. Car en fait, ces problèmes soulevés ont pour but d’alimenter notre besoin d’échanges. Mes yeux se sont ouverts sur l’attitude de mon petit-fils et de mon gendre. Toujours son fils de 18 mois lui fait les mêmes scènes aux repas et cela le sort de ses gongs lol ! Ce que j’ai compris, c’est qu’Ils sont dans des jeux de rôle où l’un est persécuteur (mon petit-fils) et l’autre victime (mon gendre). Ce qu’ignore la victime, c’est que son persécuteur a besoin de signes de reconnaissance, tout simplement.

3. LES POSITIONS DE VIE

Eric Berne a aussi découvert les positions de vie. Ce dernier enjeu se manifeste dans les fins de parie du jeu psychologique. « En fonction de ce qu’il a reçu comme attention positive ou négative, comme coups ou câlins, critiques ou compliments dans son enfance, chacun de nous se fait une idée très précise de sa valeur personnelle et de celle des autres. Ce sera sa « position de vie ».

La position de vie est une synthèse d’estime de soi, et des autres, et elle répond aux deux questions suivantes : « Suis-je quelqu’un de bien ? Puis-je faire confiance aux autres ? »

On peut distinguer les positifs de vie, en fonction de la réponse à ces deux questions de la manière suivante :

  1. Les orgueilleux. Ce sont ceux qui ont une haute estime de soi et méprise les autres, et se croient supérieurs. Leur réponse aux deux questions est Oui-Non.
  2. Les dépressifs : Sont ceux qui ont une petite estime de soi, ils sont complexés, admiratifs ou envieux et croient les autres supérieurs à eux. Leur réponse aux deux questions est Non-Oui
  3. Les suicidaires : sont ceux qui sont pessimistes et voient la vie en noir. Ils n’espèrent plus rien de la vie par manque de reconnaissance des autres. Leur réponse aux deux questions est Non-Non.
  4. Les optimistes : sont ceux qui fonctionne d’égal à égal, dans un esprit de collaboration constructive avec les autres. Leur réponse aux deux questions est Oui-Oui !

L’IMPACT DE L’EDUCATION

L’éducation a une influence primordiale sur la maturité ou l’immaturité des enfants devenus adultes. On a des parents victimes. Ce sont ceux qui n’assument pas leur rôle. Ou des parents persécuteurs ou sauveurs ; ce sont ceux qui outrepassent leur rôle. Dans le cas où les parents sont persécuteurs ou sauveurs, les enfants n’ont plus une place saine et naturelle d’enfant insouciant, en croissance.

Le parent persécuteur en demandera toujours plus à son enfant. Il est perfectionniste, anxieux et ne reconnaît pas aux enfants le droit à l’erreur et à la maladresse. Il sanctionne très sévèrement les écarts aux normes d’exigence démesurées qu’il fixe. Ses comportements répressifs vont stopper toute joie ou insouciance chez l’enfant ; car il ne supporte pas la manifestation de ces sentiments.

Le parent sauveur veut nourrir son besoin d’être utile, et il n’en demande pas assez à son enfant. Il se comporte en esclave servile de son enfant-roi. Et cela encourage l’enfant à devenir fainéant, manipulateur et capricieux. Il est plus attentif à son image de parent sauveur qu’aux conséquences à long terme de ses actes sur ses enfants. Il confond amour et maternage. Le maternage infantilise l’enfant, au lieu de pousser à développer son autonomie. L’âge de 7 ans est l’âge de raison pour les enfants ; et il faut donc autoriser l’enfant à grandir au lieu de le transformer en victime plaintive et assistée.

Le parent victime est le parent infantile qui se comporte en victime incapable de gérer sa vie, se fait materner sans gène par ses propres enfants. Cela est dévastateur autant pour la structure mentale et physique de l’enfant qui a de tels parents. On voit des enfants gronder leurs parents sur un ton parental, et les parents réagir en prenant un air d’enfant fautif. Les enfants qui jouent le rôle de parents dans leur enfance deviennent souvent des adultes sauveurs, persuadés qu’ils ne pourront être aimés que s’ils se sacrifient pour les autres.

Dans certaines familles, où  tous les adultes sont des joueurs acharnés, et cela entraînent les enfants dans ce triangle malsain ; ils vont communiquer en tant que victimes, bourreaux ou sauveurs, en copiant les dérives comportementales de leurs parents. Ces dérives immatures et déviantes ne respectent malheureusement pas le droit à l’enfance des enfants.

La force avec laquelle certains se cramponnent à leur rôle dans le triangle, l’intensité et la fréquence des jeux sont directement liés à leur degré de maturité et d’estime de soi. Il est temps de grandir et de sortir de ces jeux.

LA GRANDE MISE EN SCENE

Nous disons des fois de manière inconsciente, à certaines personnes des phrases comme : « Arrête de jouer la victime ! ». En effet, le jeu du triangle est comme un jeu de mise en scène, joué dans une pièce de théâtre, où tous les acteurs jouent à fond leurs rôles. Dans le jeu psychologique, tout est joué de manière excessif. On surjoue pour attirer l’attention de l’autre.

  • Les victimes vont se déplacer péniblement en boitant ou grimaçant de douleur ; des fois, ils marchent à contresens dans une foule, en guettant les regards de pitié. Elles vont capter votre attention et faire en sorte que vous gardiez votre attention sur elles.
  • Les bourreaux bloquent sournoisement l’allée d’un supermarché avec leur caddie, en consultant longuement leur liste de courses, juste pour provoquer. Ne vous avisez surtout pas à leur dire un mot, passez discrètement votre chemin sinon vous pourrez subir leur foudre. Ils klaxonnent au volant avec rage les autres automobilistes. Ils se permettent de gronder les enfants des autres ou de faire la moral aux parents. Ils promènent des regards exaspérés, poussent des soupirs d’exaspération face à des situations et cherchent à vous associer à leurs indignations.
  • Les sauveurs vont vous céder spontanément leur place assise dans les transports en commun, ou ils vous cèdent le passage avec respect. Ils vont vous transmettre des informations parfois inutiles ; chercher à vous aider sans que vous n’ayez rien demandé. Ils s’interposent dans les disputes et prennent partie pour ceux qu’ils estiment opprimés.

Les jeux psychologiques servent à attirer l’attention de l’autre, pour qu’il reconnaisse que nous existons. Pour cela, nous jouerons des fois ce jeu à fond s’il le faut, en endossant des rôles différents selon les situations. C’est à la fois un jeu de passe-passe qui meuble notre temps, où nous sommes soit victime, bourreau ou sauveur. Mais ce jeu du triangle est aussi un jeu où l’on accuse et culpabilise les autres, plutôt qu’à chercher des solutions efficaces, en prenant nos responsabilités.

 

Inspiré et extraits de « Victime, bourreau, ou sauveur : comment sortir du piège »,  Christel Petitcollin.

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rymadayle

Je suis Myriame Hepthtsiba. J'ai une formation en sociolinguistique et en Anglais. J'ai une expérience de 25 ans dans l'enseignement de l'Anglais de spécialité, en particulier dans la formation des secrétaires bilingues. Le contact avec les autres, au cours de ma carrière professionnelle, m'a amené à m'intéresser à tout ce qui a trait aux sciences humaines pour comprendre les autres, afin de les aider au mieux de leurs capacités. Ma passion pour le développement personnel, ainsi que ma quête de spiritualité et le service dans des églises m'ont aussi permis de rassembler bien des outils. J’ai acquis de ce fait de l'expérience en matière de développement des compétences humaines et d'accompagnement de la personne, dans les moments clés de la vie. C'est cette expérience et ces trésors accumulés en moi que je viens ici partager avec vous.