LES DEUX CITES

« LA CITE DE DIEU  »

DE SAINT    AUGUSTIN
(Œuvre de 22 LIVRES)

INTRODUCTION

Le 24 aout 410 de notre ère, Rome est envahie et attaquée par des Barbares. Les croyants pensaient que la ville était inviolable et ils étaient troublés. Les païens accusèrent les chrétiens d’avoir affaibli l’empire romain à cause de leur gouvernance basée sur des valeurs de charité, de pacifisme et d’humilité. Ce qui avait permis aux barbares d’envahir la ville.

Saint Augustin répond à l’abattement des chrétiens par maintes sermons et leur promet de répondre à l’accusation des païens. Promesse qu’il réalise en écrivant « La Cité de Dieu », pour répondre à cette accusation.

L’OEUVRE

Saint Augustin était un Pasteur.  Son oeuvre, la Cite de Dieu est une œuvre regroupée en 20 volumes, écrite sur une période de 14 ans, le temps qu’a pris la conversion de Saint Augustin. C’est une œuvre à la fois apologétique, catéchétique, littéraire, politique, spirituelle et théologique. Saint Augustin ne conforme pas cette œuvre à un genre littéraire ou type d’ouvrage spécifique comme on a tendance à le faire.

Le but de son œuvre n’est pas de démontrer, mais de montrer l’échec du paganisme. Saint Augustin est avant tout un pasteur, et on remarque dans cette œuvre beaucoup de références aux Saintes Ecritures. On y trouve aussi beaucoup de digressions, car Il y fait des fois des exposés qui ne se concluent pas, ou qui donnent des conclusions partielles sur la question exposée.

La Cité de Dieu s’adresse à tous :  aux catholiques convertis, aux croyants en devenir ou à venir, et à ceux qui sont hostiles à la religion. Le sujet de l’œuvre c’est l’Eglise dans son pèlerinage terrestre et sa vie éternelle ; cette Eglise qui est donc la Cité de Dieu.

Dans la première partie de son œuvre, Saint augustin répond à ses adversaires païens. Il y réfute le paganisme en général et celui des romains en particulier pour poser le fondement de son œuvre. Puis dispose le lecteur à suivre son argumentaire dans la deuxième partie où il établit ses opinions.

L’AFFRONTEMENT RHETORIQUE

Saint Augustin attaque les païens sur leur propre terrain et leur dit que c’est plutôt leur paganisme qui a causé la chute de Rome. Il parle par exemple d’une divinité nommée « la fortune barbue » pour dépeindre la vanité du paganisme.

Il fait un clin d’œil à l’Apôtre Paul, dans sa description des Deux Amours, dans le chapitre 28 du livre 14 de son œuvre, en citant des extraits de l’Epitre aux Romains qui condamnent le paganisme :

« … Et ceux qui ont pu connaître Dieu ne l’ont pas honoré comme Dieu, et ne lui ont pas rendu grâce, mais ils se sont fourvoyés dans leurs pensées et leur cœur insensé a été obscurcis. Se proclamant sages », c’est à dire s’exaltant dans leur sagesse ou la domination de leur orgueil,

« ils sont devenus fous. Ils ont troqué la gloire du Dieu incorruptible contre des images de l’homme corruptible, d’oiseaux, de quadrupèdes et de serpents ; car ils ont conduit les peuples ou les ont suivis dans l’adoration d’idoles de cette sorte, et ils ont rendu un culte et un hommage à la créature plutôt qu’au Créateur qui est béni dans les siècles… ». Romains 1 : 18 à 23.

PLAINTES DES CROYANTS

Pendant l’attaque des barbares, les églises avaient été épargnées. Saint Augustin fait remarquer aux païens accusateurs que même bon nombre d’entre eux avaient échappé à la mort en venant se réfugier dans les églises. Chose que leurs temples et dieux paganistes n’avaient pu faire pour eux, montrant ainsi la vanité de ces dieux objets.

Aux chrétiens qui se plaignaient des sévices qu’ils avaient subi (par exemple des femmes violées) il leur dit que la Providence divine n’épargne personne et qu’elle châtie aussi bien les pieux que les méchants en temps de crise. Et que les épreuves qu’ils avaient subies n’avaient pour but que de mettre leur foi à l’épreuve pour les fortifier davantage. Référence au livre 1 de l’œuvre.

CRITERES DE DISTINCTION DES DEUX CITES

Saint Augustin met donc en parallèle deux cités. D’une part, la Cité de Dieu qui est l’Eglise, à savoir la communauté des croyants, de tous ceux qui se renie pour ne vivre que pour Dieu ; et la Cité de la Terre, la communauté des incroyants, de tous ceux qui ne vivent que pour la chair et les plaisirs de ce monde et renie Dieu.

Il montre donc la faillite universelle du paganisme et fait un exposé exhaustif du sacrement du Christ, affirmant que hors de Christ et de l’Eglise, il n y a pas de salut. Pour lui, le fait d’adhérer à Dieu, en d’autres termes, le fait d’accepter le sacrifice du Christ, fait de tous ceux qui adhèrent à Dieu une société, l’unique Cité de Dieu. Cette unique Cité de Dieu étant tous ceux qui ont accepté ce sacrifice vivant et vivent selon Dieu.

Tous ceux qui sont hors de cette cité sont donc la Cité de la Terre, cité qui vit selon l’homme. La cité de Dieu étant prédestinée à la vie éternelle, et la cité de l’homme à la damnation.

Saint Augustin fait référence dans son œuvre, de manière implicite, à la parabole du blé et de l’ivraie qui doivent croître ensemble dans le moment présent et qui seront coupés et jugés à la fin des temps.
Il unit, dans la Cité de Dieu, les Hommes (croyants) avec les Anges ; et dans la Cité de la Terre, les Hommes (incroyants) avec les Démons.

LES DEUX CITES

Voici une belle illustration que Saint Augustin fait de ces deux cités, au chapitre 28 du livre 14 de son Œuvre :

« Deux amours ont donc bâti deux cités.
Celle de la terre, par l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu ;
Celle du ciel, par l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi.
L’une se glorifie en elle-même, l’autre dans le Seigneur.
L’une en effet, demande sa gloire aux hommes ;
L’autre tire sa plus grande gloire de Dieu, témoin de sa conscience.

L’une, dans sa gloire, redresse la tête.
L’autre, dit à son Dieu, tu es ma gloire et tu élèves ma tête.
L’une, dans ses chefs ou dans les nations qu’elle subjugue, est dominée par le désir de dominer.
Dans l’autre, on se rend service mutuellement dans la charité : les gouvernants en prenant les résolutions, les sujets en obéissant.
L’une, dans ses puissants, chérit sa propre force.
L’autre, dit à son Dieu, je t’aimerais Seigneur toi ma force.

C’est pourquoi dans l’une, des sages vivants selon l’homme, ont recherché les biens du corps et de l’âme ou des deux. Et ceux qui ont pu connaître Dieu ne l’ont pas honoré comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâce, mais ils se sont fourvoyés dans leurs pensées et leur cœur insensé a été obscurci.

Se proclamant sages, c’est à dire, s’exaltant dans leurs sagesses ou la domination de leur orgueil, ils sont devenus fous. Ils ont troqué la gloire du Dieu incorruptible contre des images de l’homme corruptible, d’oiseaux, de quadrupèdes et de serpents, car ils ont conduit les peuples ou les ont suivis dans l’adoration d’idoles de cette sorte, et ils ont rendu un culte et un hommage à la créature plutôt qu’au créateur qui est béni dans les siècles.

Dans l’autre cité au contraire, la seule sagesse de l’homme est la piété, qui rend un culte légitime au vrai Dieu et attend pour récompense dans la société des saints, hommes aussi bien qu’anges, que Dieu soit tout pour tous ».

L’OBJET D’AMOUR DES DEUX CITES

Saint Augustin définit ces deux cités par rapport à la notion d’amour, à l’objet de leur amour et non par rapport à leurs croyances. Un amour pour Dieu ou un amour pour soi. Et il fait cette définition dans une perspective politique comprise sur fond d’eschatologie, avec une visée des temps de la fin.

Dans l’entendement de Saint Augustin, il ne faut pas comprendre le terme Cité comme une réalité terrestre et géographique. Pour lui toute l’humanité est répartie dans ces deux cités par rapport à leur orientation morale et l’objet de leur amour : amour pour Dieu ou amour pour soi.

Ces deux cités désignent des peuples mêlés dans les temps de l’histoire, où le bon grain et l’ivraie sont mêlés et seule la moisson les séparera à la fin des temps, où la grâce divine sauvera les habitants de la Cité de Dieu, appelés à la béatitude éternelle ; et ceux de la Cité de la Terre condamnés à des peines éternelles.

INTERET COMMUN DES DEUX CITES

Dans la vie, les deux cités ont en commun, dans leurs intérêts, la paix (livre 17) ; Mais cette recherche de la paix ne sera pas de la même qualité, selon l’appartenance à l’une ou l’autre des deux cités.

Dans la cité de Dieu, ce sont les vertus civiques qui importent et les comportements humains sont indexés sur la morale et les obligations religieuses. Dans la Cité terrestre, on fonctionne selon des préceptes de brigandage et d’injustice. Mais recherchant toutes deux la paix, ces deux cités sont obligées de collaborer.

Saint Augustin a montré comment des membres de la Cité de Dieu pouvaient vivre au sein de la Cité de la Terre (l’Etat romain), et mener une existence conforme à ce qui était demandé aux citoyens ; pour lui,  Il n’y a donc pas de contradiction entre le fait d’appartenir à la Cité de Dieu, ( Christianisme), et d’être un bon citoyen romain. D’où sa réfutation des accusations des païens Romains de son temps.

EXPOSES SUR LES SAINTES ECRITURES

Saint Augustin peint l’histoire sainte et l’histoire profane de l’humanité et du devenir de celle-ci, dans une grande fresque historique à travers les 6 jours de la création. Il met en parallèle l’histoire sainte du peuple hébreux, puis du christianisme avec l’histoire profane des grands empires, des grandes formations politiques. Il met en évidence Babylone comme étant la première incarnation de la Cité de la Terre, et Jérusalem comme l’incarnation de la Cité de Dieu.

Il affirme que Rome a été fondée comme une autre Babylone et l’identifie à la Cité de la Terre. Il fait un exposé de l’histoire du peuple hébreux, des psaumes et des prophètes. Et met en parallèle l’histoire de la Cité de la Terre, comparant les rois et les prophètes d’Israël aux sages grecs et romains. Puis fait concorder le début de l’âge des prophètes avec la fondation de Rome. Il conclut son exposé en disant que Rome est fondé comme la fille de la première Babylone. Cette Babylone étant la réalisation imminente de la Cité de la Terre, symbolisée par Rome qui place sa gloire dans l’amour de soi.

AUGUSTINISME POLITIQUE

Saint Augustin a parlé de la transcendance de l’église par rapport à toute entité politique concrète. L’Augustinisme politique est né de l’amalgame qu’ont fait les leaders religieux entre la Cité de Dieu et l’Eglise. Et les tenants de la théocratie pontificale ont déformé la pensée de Saint Augustin pour transformer l’église terrestre en Cité de Dieu. (Vatican – Rome)

La chrétienté politique a été créée, soit disant, pour permettre aux chrétiens d’avoir une meilleure vie ici- bas. Ce contre quoi Saint Augustin s’était opposé, car la cité de Dieu dont il parlait n’était pas géographique. (c.f. livre 19)
Dans le Livre 19,  la définition que donne Cicéron de la cité est la suivante : « une cité suppose une multitude associée par un lien juridique consenti et des intérêts communs ; et cette association suppose la justice. »

Saint Augustin remet en cause cette définition de Cicéron en disant qu’aucune cité terrestre n’est fondée sur la justice. Et de ce fait, on ne peut pas considérer qu’une entité politique puisse être un état digne de ce nom.

Il dit qu’il n’y a pas de peuple romain, ni de justice romaine. Il refuse à l’état le droit d’être représenté comme un peuple digne de ce nom.Sa définition de la cité est la suivante : « Une cité est une multitude associée par une participation dans la concorde aux objets de son amour ». Amour porté vers Dieu ou vers soi.

Aussi pour lui, il n’y avait que la Cité de Dieu, au sens où lui il l’entendait, qui pouvait apporter cette justice dont parlait Cicéron. Pour Saint Augustin, il n’y a de peuple vertueux et juste que celui de la Cité de Dieu, avec pour lien social, le socle de l’amour pour Dieu…. Mais cette pensée a été déformée et tronquée, et a mené les ecclésiastiques à créer l’Etat- Eglise ; disant que seule l’église pouvait garantir la justice sur la terre.

DU PAGANISME A L’HERESIE

Aujourd’hui, la Cité de la Terre n’est plus dans le paganisme, mais dans l’hérésie et persécute les membres de la Cité de Dieu.

L’Eglise comporte des pécheurs et le Monde des futurs sauvés. Les deux cités sont mêlées mais sont en opposition sur leur fin ultime : la vie éternelle et la vie éphémère qui mène à la damnation.

La quasi-totalité de la doctrine chrétienne est exposée dans l’œuvre de Saint Augustin.
Dans son commentaire de l’Apocalypse, il parle du Diable qui est enchainé et ne séduit plus les nations, car nous sommes dans le règne du Christ, dans le Millénium. Les trois ans et demi de la tribulation sont inclus dans les 1000 ans dit-il. Le diable sera alors déchaîné et séduira alors les nations pendant trois ans et demi. Ces trois ans et demi, c’est le temps où les hérétiques et les chrétiens hypocrites seront un corps constitué par la Cité de la Terre jusqu’à la fin des temps.

LES REVOLUTIONS MONDIALES

En effet, l’hérésie a créé toutes sortes de révolutions : Les révolutions politiques telles le libéralisme, le socialisme, le communisme. La déclaration des droits de l’homme qui a conduit à La démocratie individualiste et collectiviste et de tout ce qu’on appelle le « Credo de l’âge nouveau » (Michelet).

L’hérésie a créé « la projection sécularisée de la société ecclésiale du corps mystique du Christ dans le temporel ; la création de la société par l’homme, et une autre Eglise ou soit disant Cité de Dieu. Elle a sécularisé le dogme chrétien de la création du monde par Dieu. Aujourd’hui, les systèmes dits athées sont en fait des systèmes hérétiques !

« L’humanité est passée du paganisme à l’hérésie pour sa propre destruction », disait un philosophe.

CONCLUSION

Selon Saint Augustin, l’histoire de l’humanité est celle des deux cités : la Cité de Dieu et la Cité de la Terre
Avant le Christ : Israël, la Cité de Dieu est mise en parallèle avec la Syrie, puis avec Rome, la Cité de la Terre.
A partir du Christ : l’Eglise, Cité de Dieu, est opposée au Paganisme, Cité de la Terre.
Après le Christ : l’Hérésie a séduit les nations et peuples des deux cités qui ne sont plus païennes mais croyantes (chrétiennes). Les deux cités sont désormais mêlées jusqu’au jugement de la fin des temps.
« Le Christianisme dé-surnaturalisé est le facteur le plus puissant de la destruction de la nature de l’homme et de la société ».

 

 

Article inspiré de conférences et emissions sur la « Cité de Dieu »

About The Author

rymadayle

Je suis Myriame Hepthtsiba. J'ai une formation en sociolinguistique et en Anglais. J'ai une expérience de 25 ans dans l'enseignement de l'Anglais de spécialité, en particulier dans la formation des secrétaires bilingues. Le contact avec les autres, au cours de ma carrière professionnelle, m'a amené à m'intéresser à tout ce qui a trait aux sciences humaines pour comprendre les autres, afin de les aider au mieux de leurs capacités. Ma passion pour le développement personnel, ainsi que ma quête de spiritualité et le service dans des églises m'ont aussi permis de rassembler bien des outils. J’ai acquis de ce fait de l'expérience en matière de développement des compétences humaines et d'accompagnement de la personne, dans les moments clés de la vie. C'est cette expérience et ces trésors accumulés en moi que je viens ici partager avec vous.