PURIM

Le Purim est célébré entre le 13 et 15 du mois de Adar (février-mars). C’est une fête juive qui commémore la victoire du peuple juif sur son ennemi Haman, qui avait comploté pour l’exterminer.

LE PLAN DE HAMAN

L’histoire se déroule à Suse, capitale de Perse, pendant le règne de Xerxès, entre l’an 486 et 465 avant Jésus-Christ.

Esther, cousine et fille adoptive de Mardochée devient reine du roi de Perse, Xerxès, aussi connu sous le nom de Assuérus. Haman, premier ministre du royaume, haïssait les juifs à cause du Juif Mardochée qui refusait de se prosterner devant lui. Alors il prépara un complot pour exterminer tous les juifs.

Avec habileté, la reine Esther poussa le roi à arrêter ce plan machiavélique, et Haman fut pendu. Mardochée accéda alors au pouvoir à sa place. Le peuple juif, sauvé, institua alors une fête pour célébrer sa victoire sur ses ennemis.
Purim est la première tentative d’un génocide contre les Juifs, il y a environ 2300 ans.

POURQUOI LE MOT PURIM ?

Ce mot vient de la Perse antique, quand Haman a tiré au sort pour trouver le jour où tous les juifs seraient anéantis. Esther 9.
En Araméen Purim veut dire « sorts ». « Pur » au singulier (sort) et Purim au pluriel (sorts).

Le Rav David Porhman pose la question suivante : « Est-il sensé d’utiliser le mot purim, utilisé par l’ennemi, pour nommer cette fête ? »

En effet, en tirant au sort, Haman voulait que la date de l’extermination des Juifs soit du fait du hasard ; que la date pour les terrifier soit désignée par le sort. Il faut comprendre ici ce tirage au sort comme un instrument de guerre psychologique.

Appeler ce jour du nom de la terreur signifiait pour Haman, une façon de narguer le peuple juif. Il a dû penser en son cœur : « Vous croyez qu’il y a un plan et un Créateur qui dirige le monde ? Je vais vous terrifier et vous montrer qu’il n’en est pas ainsi. »

En effet, dans le Livre d’Esther, on ne fait aucunement mention du nom de Dieu. Bien qu’Il paraissait absent pendant cette histoire, il était derrière la scène.

POURQUOU LE NOM DE PURIM A LA FETE

Esther chapitre 9 : 24- 26 « Car Hamann fils d’Hammedatha, l’Agaguite, ennemi de tous les juifs, avait formé le projet de les faire périr, et il avait jeté le pur, c’est-à-dire le sort, afin de les tuer et de les détruire ; mais Esther s’étant rendu devant le roi, le roi ordonna par écrit de faire retomber sur la tète d’Haman, le méchant projet qu’il avait formé contre les Juifs, et de le pendre au bois, lui et ses fils. C’est pourquoi on appela ces jours Purim, du nom de pur… »

De ces versets ressortent trois idées :

1. Haman a essayer de tuer les juifs
2. Esther a sauvé les juifs
3. C’est pourquoi la fête s’appelle « sorts »

Ces versets essaient de nous dire : pourim provient de quelque chose que Esther a fait et non de ce que Haman a voulu faire. On n’a pas appelé la fête « Purim, les sorts » à cause de Haman. Mais plutôt « Purim » suite a quelque chose que la Reine Ester a fait.

Quel rôle a-t-elle joué pour qu’on appelle cette fête Purim ?

LE ROLE D’ESTHER

Quand il apprend le complot prévu par Haman, Mardochée déchire ses vêtements et prend le deuil. Il fait dire à Esther d’aller vers le roi, de lui dire qu’elle est juive et que son peuple est en danger. En effet, Esther n’avait jamais révélé ses origines ethniques quand elle s’est marié au roi. On a toujours cru à la cour qu’elle était Perse.

Esther répond à son oncle Mardochée qu’elle ne peut pas aller devant le roi, que c’est très dangereux ; elle n’avait pas été appelée auprès du roi depuis 30 jours. Elle risquerait sa vie si elle le faisait.

Mardochée lui fait dire alors :« Ne t’imagines pas que tu échapperas seule, de tous les juifs parce que tu es dans la maison du roi ; car si tu te tais maintenant, le secours et le délivrance surgiront d’autre part pour les Juifs, et toi et la maison de ton père vous périrez. Et qui sait, si ce n’est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la royauté » Esther 4 :14

Il y a une sorte de paradoxe dans les dires de Mardochée, quand il dit : « car si tu te tais maintenant, le secours et le délivrance surgiront d’autre part pour les Juifs, et toi et la maison de ton père vous périrez »

En effet, ces paroles sont empruntées du livre des Nombres 30 : 11-17, où il est question des lois concernant les vœux, leur ratification ou annulation.
Quel rapport il y a -t-il entre cela et ce que Mardochée essaie de dire à Esther ?

PARALLELISMES   

Il y a un parallélisme entre l’histoire  d’Esther et le livre de Nombre 30, versets  11à 15. Il est question de vœux dans ces passages.

Selon la Torah, les gens peuvent faire des vœux, mais il faut respecter ces vœux. Au sein d’un couple, dans certains cas le mari a la possibilité d’annuler le vœu fait par son épouse le jour même, si cela met sa vie en danger, ou il peut le ratifier.

Le silence du mari vis-à-vis du vœu doit vite être rompu. S’il décide d’annuler le vœu alors qu’il est en court, alors il y a violation de la loi et la peine qui s’en suit.

Dans ce passage, deux verbes sont utilisés pour parler du silence du mari : « lehaharich et lichtoq ». (verset 15)

Le mot « lichtoq » est utilisé pour parler de silence pour les éléments, les choses et les personnes. Il signifie « être calme ». L’autre type de silence, c’est « Lehaharich », terme qui n’est utilisé que pour les êtres vivants. La racine de ce mot est composé des lettres (Chet-Resh-Shin) signifie « sourd ». « lehaharich », c’est faire le sourd, garder le silence, agir comme si on n’a rien entendu.

C’est ce terme qui est utilisé pour silence, dans le passage des Nombre qui parle des vœux. Le fait de garder le silence n’est pas une bonne option, quand le vœu est cause de souffrance.

En effet, il y a trois options : « ratifier, annuler ou se taire » ou dire « oui , non, ou peut-être »

William James, face à la foi en Dieu, parlent des athées, agnostiques et croyants. Il dit qu’il n’y a que deux options vraiment valables : athée ou croyants.  Etre agnostiques, c’est ne pas faire un choix clair. Dans ce cas, notre choix devient implicite de oui ou non. Il n’y a pas de juste milieu dans ce cas-là.

L’homme peut donc faire trois choses face à un vœu : le ratifier, l’annuler ou garder le silence. Mais ce silence est une affirmation tacite. La troisième option, « peut-être », n’est pas vraiment une option.

Mardochée se réfère donc au livre de Nombre qui parle de la relation d’une jeune femme à son mari. Esther se trouve dans ce cas de figure, dans sa relation au Roi, son époux. Le texte dont il se réfère parle aussi de « maison paternelle », du fait de « garder le silence » à un « moment particulier ».

LE DISCOURS DE MARDOCHEE A ESTHER

Dans le verser 14 de Nombre 30, le mot « Isha » (Aleph Yod Shin He) utilisé est écrit avec un point dans la lettre He ; ce qui signifie « son mari ». Sans le point dans le « He », le même mot veut dire « femme ».

Donc quand on traduit le passage cela donne : « Son mari peut ratifier et son mari peut annuler tout vœu, tout serment par lequel elle s’engage à affliger son âme ».

Mais Mardochée dit à Esther, c’est vrai, ce «Isha » parle de nous les maris, mais on peut aussi le lire sans le point. Dans ce cas il signifierait « femme » et le verset voudra alors dire « une femme peut le ratifier, une femme peut l’annuler ».

Mardochée donne là une compréhension prophétique du verset. En d’autres termes, c’est comme s’il disait : « Esther, la Torah a prévu qu’il viendrait un moment, ou une femme serait en mesure d’annuler les vœux, les mots dangereux de son époux, une déclaration dangereuse qui causerait la destruction de toute une nation.

Esther, le roi ton mari a fait une déclaration, il a signé un décret qui va provoquer une douleur terrible. Mais Esther, tu peux encore agir, et tu dois agir pour annuler ce décret du roi. Tu peux protester pour annuler ce décret. Tu dois agir, Esther, pas pour nous, mais pour ton bien à toi. Tu n’as que deux choix, ratifier ou annuler. Pas trois, car tu ne peux rester neutre en cette affaire.

Si tu gardes le silence, tacitement tu confirmeras ses vœux, tu en partageras la responsabilité et tu seras coupable comme Haman.

C’est vrai, tu n’as pas le destin du peuple juif entre les mains, c’est l’affaire de Dieu, mais TU AS TON PROPRE DESTIN ENTRE LES MAINS. Seras tu celle qui annulera ce destin ?

Si tu gardes le silence, Haman t’entrainera avec lui dans sa chute et tu n’échapperas pas ! »

Selon RASHI, celui qui garde le silence sera coupable à la place de celui qui a fait le vœu.

IRONIE DU SORT

Donc le passage de la Torah au sujet de l’annulation des vœux dit : « Isha peut ratifier, isha peut annuler le vœu ».

Le mot pour dire annuler » c’est « yeperenu » qui vient de la racine (-PER-) Pe Vav Resh. Le mot « pur » qui en araméen signifie « sort » à en hébreux une signification différente qui est « annulation ».

Aussi, c’est par quelque chose que Esther a fait que la fête porte ce nom. Esther a trouvé le moyen d’annuler le sort prévu par Haman. Elle a fait un choix héroïque en allant voir le roi, malgré la peine de mort qu’elle encourait de le voir, alors qu’elle n’était pas appelée par lui.

C’est une ironie du sort, car PURIM est devenu ANNULATION et non SORTS. Ce fut le choix d’Ester qui eut lieu, et non celui de Haman qui voulait un grand génocide provoqué par le hasard. En allant voir le roi, elle a annulé le plan de Haman. Le jour prévu pour l’extermination, le destin des Juifs n’a pas été déterminé par le sort, mais par la décision d’une femme, la Reine Esther.

LE SILENCE EN TEMPS DE CRISE

Esther représente la dualité humaine, c’est le sens du déguisement pendant la fête du Pourim. Le message de Esther est que même si Dieu dirige le monde, nous avons aussi notre rôle à jouer, nous pouvons aussi faire des choix. Nous devons choisir notre camp quand il le faut, et non nous taire et faire le sourd, sinon nous devenons partenaires du crime.

Bien sûr que Dieu a ses plans, mais il nous faut jouer notre rôle dans ce plan.  La leçon que nous donne la Reine Esther, c’est de sortir de la fausse neutralité et le silence qui va avec. En temps de crise, nous devons  prendre des décisions qui nous engage pour les autres.

Même si nous nous débinons, Dieu utilisera toujours quelqu’un pour réaliser ses plans. Mais il ne faut pas rater le moment où nous devons jouer notre rôle dans cette grande pièce de théâtre du Divin.

Etre comme Esther, c’est :

  • Refuser d’accepter des fois le destin tel qu’il se présente à nous.
  • Savoir utiliser notre silence, mot souvent à double sens : oui ou non devant les situations.
  • Etre responsables de nos décisions et des choix que nous faisons.
  • Prendre notre place au moment opportun, en tant que héro, dans le plan de Dieu.

Le silence est un choix, mais ce choix peut avoir des conséquences dramatiques. C’est le message que Mardochée voulait transmettre à Esther qui avait peur de parler à son époux le Roi, pour défendre la cause des juifs.

UNE HISTOIRE, TROIS CARACTERES.

Le Livre d’Esther nous montre le caractère de trois personnes :

  • Mardochée : l’image de l’homme sage,  pieux et inflexible  qui trouve une solution en toute circonstance, inspiré par son seul amour pour le peuple de Dieu.
  • Haman : l’image d’un gouvernant très ambitieux, excessif, et assoiffé de pouvoir.
  • Esther : l’image d’une femme douce, attrayante, courageuse et diplomate qui change le court des événements.

UNE FETE INSTITUEE

On fête donc le Pourim aujourd’hui pour :

  • Commémorer la victoire des juifs sur leur ennemi Haman.
  • Mettre en garde contre l’anti sémitisme et toute espèce d’injustice terrestre.
  • Avoir conscience du pouvoir de Dieu à contrôler les évènements de nos vies, même quand il parait absent.

 

Article inspiré des vidéos de Rav David Fohrman
Livre « La reine que vous pensez connaître » de Rav David Porhman

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rymadayle

Je suis Myriame Hepthtsiba. J'ai une formation en sociolinguistique et en Anglais. J'ai une expérience de 25 ans dans l'enseignement de l'Anglais de spécialité, en particulier dans la formation des secrétaires bilingues. Le contact avec les autres, au cours de ma carrière professionnelle, m'a amené à m'intéresser à tout ce qui a trait aux sciences humaines pour comprendre les autres, afin de les aider au mieux de leurs capacités. Ma passion pour le développement personnel, ainsi que ma quête de spiritualité et le service dans des églises m'ont aussi permis de rassembler bien des outils. J’ai acquis de ce fait de l'expérience en matière de développement des compétences humaines et d'accompagnement de la personne, dans les moments clés de la vie. C'est cette expérience et ces trésors accumulés en moi que je viens ici partager avec vous.